L'APPEL
Lors d’un repas de famille mon oncle me demande: « Que veux-tu faire quand tu seras grand ? ». Sans hésiter du haut de mes 8 ans je lui réponds « Quand je serais grand je vendrais mes dessins dans la rue ! ». C’est une évidence qui soulève un rire général. L’amusement des adultes envers la naïveté des enfants me blesse. Je ne comprend pas le fondement, l’origine de cette moquerie. Ils n’ont pas l’air de prendre ma réponse au sérieux.
Cette réponse puise sa force dans une certitude, une émotion ressentie lorsqu’avec ma mère, tandis que nous nous baladons dans les rues de Nantes, nous croisons un homme. Je recroiserais cet homme jusqu’à mes 17 ans, jusqu’au départ vers de nouveaux horizons.
Il est pour moi l’incarnation absolu de la liberté et de la création. Cet homme dessine à la craie des portraits immenses de la Joconde, de Van Gogh, parfois de clowns. Il est à genoux ou allongé sur le trottoir. Sa casquette en jean est retournée à même le sol pour recevoir l’argent des passants. Il n’y a pas de panneau, pas de demande, pas d’explication. Son pantalon, son visage, ses mains se poudroient de craies, il est tout en couleurs.
Il est silencieux. Il a le regard d’un homme indifférent au bruit du monde, absorbé par son ouvrage. Il a la bienveillance des hommes alignés. Il échange parfois avec les plus curieux, tout en fumant une cigarette. Pour moi cet homme est puissant, libre, créatif, dans l’oeil du cyclone de la ville. Je vois dans les yeux des passants des étoiles s’allumer. Il offre au monde un espace de beauté et ça me fascine.
Après une enfance insouciante...

